La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a annoncé la publication des listes provisoires des électeurs par centre de Vote, avec indication du bureau de vote. En lieu et place d'un affichage, la consultation desdites listes se fera auprès d'un agent appelé préposé à l'affichage affecté à cette tâche au niveau de chaque Antenne de la CENI.
À la suite de cette annonce, Maître Hervé Diakiese, porte-parole d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi a dénoncé la méthodologie utilisée par la CENI. À l’en croire, il s'agit là d'une violation flagrante de la loi électorale.
" La CENI avoue de manière flagrante son incapacité d’afficher les listes des enrôlés tel qu’exigé par la loi. Substituer l’affichage sur le site par un fumeux mécanisme de consultation dans les antennes est une violation grave et sans précédent de la transparence électorale ", dénonce Hervé Diakiese sur son compte X (ex-Twitter).
Interrogé par ACTUALITE.CD, la Synergie des Missions d'observation Citoyenne des élections (SYMOCEL) invite la CENI à revoir sa décision et à se conformer aux prescrits de l'article 6 de la loi électorale en vigueur en RDC.
" La CENI doit revoir cette décision et doit prendre une décision qui est conforme à la loi, la loi impose à la CENI l'obligation d'afficher, elle ne peut pas s'y soustraire. L'article 6 de la loi électorale est clair. L'article parle d'affichage par centre de vote de la liste provisoire des électeurs avec indication du bureau de vote. Le dernier alinéa de l'article 6 dit toute réclamation portant sur une liste électorale est dans les 30 jours à compter de l'affichage provisoire introduite auprès de l'agent de la CENI préposé à l'affichage ou à défaut auprès de l'antenne territorialement compétent pour le site de l'affichage ça suppose que le travail du préposé à l'affichage n'est pas celui de se rendre disponible pour les consultations ", a dénoncé, à ACTUALITE.CD, son coordonnateur Maître Patrick Ntambwe Ngoyi.
Et de poursuivre :
" Le préposé lui intervient lorsqu'on a des réclamations donc le but de l'affichage c'est pour donner un caractère publicitaire, c'est la transparence, tout le monde peut voir et chacun a l'attitude d'y passer quand il veut, à n'importe quelle heure et c'est à lui maintenant lorsqu'il constate peut-être qu'il y a un problème avec un nom ou autres choses il se dit voilà je vais passer aux heures où je veux trouver un préposé à l'affichage pour poser le problème ou réclamer et lui il est censé recueillir ces réclamations et les traiter mais ce n'est pas chez lui qu'on doit aller consulter les listes, c'est contraire à la loi. La loi impose à la CENI l'affichage si la CENI n'affiche pas ça c'est un péché grave par rapport à la transparence et aussi ce n'est pas admissible ".
Pour cet acteur de la société civile spécialisé aux élections, cette manière de procéder remet sur la place publique les doutes sur la qualité du fichier électoral.
" Cela suppose même qu'il y a un problème avec le fichier, les parties prenantes ont accepté d'avancer avec ce processus même si l'audit du fichier électoral ne s'est pas fait dans les conditions souhaitées par tout le monde mais pour avancer avec le processus électoral, on a accepté d'aller de l'avant en se disant qu'on sera beaucoup plus vigilant sur les autres étapes et les opérations à venir, ceci est une première des opérations qui se rapporte au fichier, elle ne peut pas se soustraire comme ça en voulant camoufler l'affichage par une consultation auprès du préposé de la CENI, c'est contraire à la loi ", a martelé le coordonnateur de la SYMOCEL.
De son côté, la CENI justifie cette manière de faire pour diverses raisons, notamment le manque d'espace physique dans les Antennes de la CENI et le risque de vandalisme de ces listes ou d'intempéries (pendant la saison pluvieuse), en lieu et place d'un affichage. Une justification qui ne convainc pas les parties prenantes au processus électoral.
" C'est vraiment étonnant, ce sont des motifs fallacieux, dans ce pays on a toujours eu les intempéries, on a même ici dans ce pays voté pendant qu'il pleut, c'est-à-dire qu'au jour du vote tout le monde connaît qu'en décembre il pleut, si le jour du vote, il pleut, la CENI va faire quoi ? Si pendant que les compilations se terminent dans les bureaux de vote, il pleut sérieusement, on ne va plus afficher les résultats parce qu’il pleut ? Ce n'est pas normal ", a indiqué Maître Patrick Ntambwe Ngoyi.
Pour les experts électoraux, l'affichage des listes des électeurs est l'une des étapes essentielles de vérification du fichier des électeurs. La CENI avait renoncé à un audit international du fichier par un organisme indépendant pour privilégier un audit externe opéré par des experts étrangers qu’elle avait elle-même engagé et dont elle devait valider le rapport, ce qui avait été vivement décrié.
Ces experts avaient conclu à la fiabilité du fichier. Pour la CENI, l'audit externe du fichier n'était pas du tout une exigence légale mais plutôt une activité calendaire retenue dans son plan d'actions.
En déposant leurs dossiers, la plupart des candidats à la présidentielle, issus des rangs de l’opposition et de la société civile, ont dénoncé le risque de fraude et le manque de transparence de la CENI.
Clément MUAMBA