Numérique et entrepreneuriat féminin à Kinshasa : des femmes entrepreneures partagent leurs expériences

Photo/ Droits tiers
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À Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, la révolution numérique touche de plus en plus divers secteurs. Les femmes entrepreneures y jouent un rôle, en adoptant les nouvelles technologies pour dynamiser leurs activités professionnelles. 


Dans ce contexte, le Desk Femme d'Actualité.cd a rencontré quelques entrepreneures pour explorer leurs expériences dans des secteurs variés tels que la pharmacie, la restauration, les boutiques de mode, et l’agriculture urbaine, tout en mettant en lumière les défis rencontrés et les stratégies mises en place pour les surmonter.

Merveille Iyendo, responsable d’une pharmacie située au rond-point Ngaba, a fait le choix d'intégrer des outils numériques à  son activité pour améliorer la gestion de son stock de médicaments et de ses ventes. L'utilisation d'un logiciel de gestion lui permet de suivre en temps réel l’état des stocks et de prévenir les ruptures de produits. Cependant, l’accès à ces technologies reste un défi majeur.

"Le principal obstacle est le coût des logiciels adaptés à ma pharmacie. Une bonne partie de mes collègues ne peuvent pas se permettre d'acheter ces outils. De plus, la connexion Internet est souvent instable, ce qui complique la mise à jour en ligne des stocks", explique-t-elle.
Néanmoins, Merveille reste optimiste et voit dans la formation continue un levier essentiel pour la maîtrise de ces technologies. "Je me forme grâce à des ressources en ligne gratuites et je recommande à mes collègues de faire de même."

De son côté, Marcelline Badibiabia, propriétaire d'un restaurant à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), a su tirer parti des technologies numériques pour faciliter la gestion des commandes et améliorer la relation avec ses clients. Elle a créé des pages sur Facebook et Instagram pour promouvoir son établissement.

Les plateformes de commande en ligne ont révolutionné la gestion de mon entreprise. Cependant, la gestion des paiements reste un défi majeur. La plupart de mes clients préfèrent payer en espèces, ce qui complique la comptabilité," déclare-t-elle.
Elle souligne aussi une autre difficulté : la lenteur de la connexion Internet dans certaines zones de la ville, qui empêche certains clients de finaliser leurs commandes en ligne. "Certains clients essaient de passer commande, mais se retrouvent frustrés par la lenteur de la connexion."

Pour sa part, Clara Miezi, créatrice de mode et propriétaire d’une boutique de vêtements, a choisi d'exploiter Instagram pour mettre en valeur ses créations. Grâce au montage des photos et à des promotions ciblées, elle a réussi à attirer une clientèle jeune, particulièrement friande de mode.
"Les réseaux sociaux ont été un tremplin pour mon entreprise. Cependant, j’ai dû apprendre à utiliser des outils de montage vidéo et de retouche photo, ce qui n’a pas été facile au début," confie-t-elle.
Clara fait face à un autre défi majeur : le manque d’accessibilité à des services bancaires en ligne pour ses clients, ce qui freine les paiements digitaux. "L'accès limité aux services bancaires en ligne est un frein pour les paiements digitaux, ce qui empêche certains clients d'acheter directement via mes plateformes."

Malgré les obstacles, Ortance Utumpu, propriétaire d’un salon de coiffure, a adopté des applications mobiles pour organiser les rendez-vous et suivre les paiements. Elle a également mis en place un système de réservation en ligne, facilitant la gestion de son emploi du temps.
"Les applications de réservation ont considérablement simplifié ma gestion quotidienne. Mais un problème persiste : l’accès à Internet dans certaines zones reste problématique, et de nombreuses clientes préfèrent encore appeler directement pour prendre rendez-vous."
Ortance fait également face à une réticence des clientes à adopter les paiements numériques. "Beaucoup préfèrent encore payer en liquide, ce qui complique la gestion des transactions."

Linda Ngoy, entrepreneure dans le domaine des produits cosmétiques, a choisi elle d'ouvrir une boutique en ligne pour atteindre une clientèle plus large, non seulement à Kinshasa, mais aussi dans d’autres villes du pays. Grâce à des stratégies de marketing numérique sur Facebook et WhatsApp, elle a réussi à attirer de nombreuses clientes.
"Le commerce en ligne m’a permis d’augmenter considérablement mes ventes. Cependant, la gestion logistique reste un défi. Les retards dans les livraisons et les pannes de connexion compliquent le suivi des envois," confie-t-elle.
Elle déplore également l’absence de solutions de paiement simples et sécurisées. "Les options de paiement mobile sont limitées, et la plupart de mes clientes n’ont pas de cartes bancaires, ce qui freine le développement de mon activité."

Angèle Muhozi, entrepreneure dans l’agriculture urbaine à Mbudi, utilise des applications mobiles pour suivre la croissance de ses plantes et gérer les conditions climatiques. Grâce à ces outils, elle optimise ses récoltes. Cependant, comme beaucoup d'autres, elle rencontre des obstacles liés à l’accessibilité et au coût des technologies.
"Les applications agricoles sont très utiles, mais l'Internet reste instable et l’achat des équipements nécessaires à l’agriculture connectée est souvent hors de portée pour de nombreuses agricultrices," explique-t-elle.
Elle ajoute qu'il existe une réticence à moderniser les pratiques agricoles, souvent perçues comme un secteur traditionnel. "Je continue à sensibiliser mes collègues sur les avantages de l'utilisation des outils numériques dans l'agriculture."

Ces témoignages démontrent que les nouvelles technologies ont un impact considérable sur les activités professionnelles des femmes entrepreneures à Kinshasa. Cependant, des obstacles demeurent, notamment en matière d’accès financier, de formation, et de connectivité. 
Pour faire face à ceci, ces femmes soulignent l'importance de se former continuellement pour mieux maîtriser les outils numériques. Elles recommandent de recourir à des ressources en ligne gratuites ou peu coûteuses, où plusieurs entrepreneures se regroupent pour partager des connaissances et s'entraider. 
- Elles appellent à promouvoir des partenariats avec des ONG et des organisations internationales, et  plaident pour un soutien accru de ces organisations afin d'élargir l'accès à des formations dans des zones moins desservies de la ville.
- Elles appellent également à adopter des solutions de paiement mobile accessibles, à renforcer l'infrastructure Internet pour lutter contre l'instabilité de la connexion
- Elles invitent à développer des solutions locales de logistique et de livraison, à mettre en place des espaces de coworking et des communautés numériques, qui  serviraient non seulement à échanger des compétences numériques, mais aussi à favoriser le réseautage et à offrir des ressources partagées (accès Internet rapide, équipements, etc.).
- Elles appellent aussi à soutenir l'accès au financement pour les femmes entrepreneures

"Si des solutions adaptées sont mises en œuvre pour pallier ces défis, elles permettront de renforcer la position des femmes dans l’économie numérique de la capitale congolaise, et au-delà", a conclu Merveille Iyendo.


Nancy Clémence Tshimueneka