Dans son rapport rendu public ce lundi 24 février 2025, le Réseau panafricain de lutte contre la corruption (UNIS), membre de la coalition « Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) », note des inégalités salariales dans le traitement de base des animateurs des institutions politiques et des autres fonctionnaires et agents de l’État.
Selon ce rapport, qui analyse notamment la loi des finances initiale pour l’exercice 2024, le salaire mensuel de base, serait fixé à plus de 113 millions FC, hors prime pour un secrétaire général de l’administration publique 26 fois le net d’un député national et à 37 fois celui d’un sénateur, selon la loi des finances initiale de l’exercice 2024.
Par ailleurs, le traitement de base mensuel d’un député national serait fixé à plus de 23 millions FC, tandis qu’un sénateur toucherait plus de 33 millions FC, selon ce rapport.
Analysant la loi des finances pour l’exercice 2024, ACTUALITE.CD avait révélé en mars 2024 que le traitement de base d’un député national se chiffrait à 9361 USD. Dans la même analyse, le média indiquait qu’à l’instar des fonctionnaires et des autres personnels politiques, la rémunération des parlementaires ne se limite pas au simple salaire, mais à la multiplication de primes officielles ou non qui viennent s’ajouter au salaire initial, rendant presque impossible le calcul de la rémunération réelle.
Aussi, le rapport Unis indique que le traitement de base mensuel du Premier ministre, serait de plus de 37 millions de FC, et pourrait couvrir le traitement de base d’un magistrat, estimé à plus de 2 millions FC, pendant toute une année civile.
Par conséquent, « la rémunération mensuelle du président de la République, sans tenir compte des différentes primes, estimée à 27 millions FC, pourrait couvrir 9 mois de traitement de base d’un magistrat », précise le rapport.
ACTUALITE.CD avait aussi révélé que le salaire de base à la Présidence avait connu une énorme progression. Se conformant à l’ordonnance n°19-082 portant fixation des rémunérations et avantages des membres du cabinet du Président de la République, le salaire moyen des membres du cabinet du Président Félix Tshisekedi était passé de 1.813 USD en 2020 à 2.726 USD en 2024. Par ailleurs, un conseiller spécial, le chef de la maison civile, le conseiller privé étaient payés l’équivalent du salaire d’un Ministre, d’après la même ordonnance. Le directeur de cabinet, quant à lui, est rémunéré au rang d’un vice-premier ministre.
La situation est encore beaucoup plus alarmante dans certaines entreprises publiques. Le 5 août 2024, l’Observatoire de la dépense publique (ODEP) avait révélé que chacun des 7 membres du corps dirigeant de l’Autorité de régulation de la poste et télécommunications du Congo (ARPTC) bénéficierait d’un salaire mensuel moyen de 340 000 USD, avec des écarts allant de 319 321 à 439 471 dollars.
Selon l’ODEP, ces 7 dirigeants auraient consommé un budget de 19 millions de dollars l’équivalent de celui accordé en 4 ans pour aider 7.000.000 des réfugiés intérieurs qui, pourtant, n’ont bénéficié que de 150 FC chacun par année d’aide publique.
Cette situation reflète des écarts énormes comparativement à d’autres agents de l’Etat dont fonctionnaires de l’administration publique, les magistrats du parquet, les professeurs d’université, ou même les enseignants.
« Malgré des réajustements salariaux enregistrés ces dernières années, la quasi majorité des agents publics de l’État n’arrivent pas à nouer les deux bouts du mois et leurs salaires de base restent loin derrière ceux cités dans le premier cas ci-dessus (Moshonas & al. 2024). Ces réajustements sont en réalité de simples actualisations des salaires au regard de la dépréciation de la monnaie locale face au dollar américain », renseigne le rapport Unis.
Ce rapport, qui cite notamment les observations du FMI, renseigne que la prime couvre plus de 75 % des revenus des fonctionnaires.
« Cependant, ce ne sont pas toutes les administrations qui en bénéficient. Pour celles qui en offrent, les inégalités sont criantes entre les institutions politiques et l’administration publique. La ruée sur les primes multiples est souvent envisagée par les administrations publiques dans une tendance à rattraper les institutions politiques, mais souvent en vain », précise le rapport.
À en croire Jimmy Kande, coordonnateur de Unis, ce rapport, dont l’étude est menée depuis plus d’un an, tombe à point nommé dans un contexte où le président de la République avait annoncé, mercredi 29 janvier 2025, lors de son message à la nation suite à la détérioration de la situation sécuritaire au Nord-Kivu et à Goma, en particulier, la réduction du train de vie des institutions en République démocratique du Congo, ainsi que de leurs animateurs.
La problématique de la réduction du train de vie des institutions n’est pas nouvelle en RDC. En 2023, par exemple, le Réseau Gouvernance Économique et Démocratie (REGED), une structure de la société civile, avait appelé les autorités à redimensionner la taille des cabinets politiques, des institutions et des ministères, ainsi qu’à réduire les écarts de rémunération des agents publics de l’État, qu’ils soient politiques ou administratifs. Cette structure de la société civile avait également exigé la discipline budgétaire.
Bruno Nsaka