Traditionnellement, les métiers du numérique à Kinshasa étaient dominés par les hommes. Cependant, cette situation est en train de changer. De plus en plus de femmes entrepreneures, développeuses, ingénieures et informaticiennes se font remarquer dans les secteurs des TIC. Elles sont non seulement actrices de l'innovation, mais également leaders de start-ups et de projets novateurs. Le DeskFemme d’Actualite.cd a rencontré certaines d'entre elles pour explorer l'ampleur de leur influence croissante dans ce secteur.
Parmi ces femmes, Aminata Zola, fondatrice d'une start-up tech spécialisée dans le développement d'applications de gestion pour les PME locales, se distingue. Selon elle, l'Afrique, et particulièrement la RDC, regorge d'opportunités pour celles qui osent se lancer dans l'entrepreneuriat numérique. "Il y a encore beaucoup à faire, mais le numérique est un levier formidable pour l'autonomisation des femmes, surtout dans un pays où les barrières socio-économiques sont nombreuses", explique-t-elle.
Marie-Claire Mwembo, programmeuse dans une entreprise technologique locale, abonde dans le même sens. Pour elle, les nouvelles technologies ne sont pas seulement un moyen de s'impliquer dans un secteur d'avenir, elles sont aussi un moyen de défier les stéréotypes de genre. "Le monde de l'informatique était perçu comme un domaine réservé aux hommes, mais les femmes prouvent que nous avons aussi notre place", affirme-t-elle.
Les start-ups technologiques, dirigées par des femmes, commencent à se multiplier à Kinshasa. Ces entrepreneures ne se contentent pas de reproduire des modèles existants, mais créent des solutions adaptées aux réalités locales, qu'il s'agisse de plateformes d'e-commerce, de services de paiement mobile ou d'applications agricoles. Lina Nkwadi, cofondatrice d'une start-up qui aide les femmes entrepreneures à accéder à des services financiers via une plateforme en ligne, en fait partie. "Nous sommes motivées par l'idée de changer les choses pour les générations futures. Nous ne voulons pas seulement être des spectatrices, mais des actrices de ce changement technologique", déclare-t-elle.
Malgré ces avancées, un défi majeur demeure : l'accès à la formation. Bien que des initiatives de sensibilisation existent, elles sont souvent concentrées dans les grandes villes et peinent à toucher les zones rurales. Sylvie Tsasa, une jeune femme rencontrée dans les rues de Kinshasa, souligne que l'accès à ces formations reste encore limité. "Il y a un besoin de plus d'institutions qui offrent des formations pratiques et accessibles, surtout pour les jeunes filles qui n'ont pas les moyens de payer des frais de scolarité élevés", confie-t-elle.
Face à ces obstacles, certaines kinoises n'hésitent pas à se former de manière autodidacte, en suivant des cours en ligne ou en rejoignant des réseaux de femmes dans les technologies. "C'est important de se soutenir entre femmes dans un domaine aussi compétitif. C'est par le partage de connaissances que nous irons plus loin", affirme Rachel Muhemeri, étudiante en informatique à l'Unikin.
Pour Julienne Mwenga, une autre entrepreneure en technologie rencontrée dans la commune de Bandalungwa, l'un des plus grands défis reste la perception de la place des femmes dans ce secteur. "Beaucoup de gens ne croient pas que nous soyons capables de mener des projets technologiques de grande envergure. Mais, avec détermination, nous leur prouvons le contraire", raconte-t-elle. "Nous ne sommes pas juste des spectatrices dans cette révolution numérique, nous en sommes les actrices et les bâtisseuses."
Bien que des défis subsistent, l'essor des femmes dans le secteur des technologies à Kinshasa est un signe prometteur de changement. Ces femmes se battent pour surmonter les obstacles socio-économiques et culturels, prouvant que l'entrepreneuriat numérique est une voie d'autonomisation et d'innovation. Les témoignages de ces femmes montrent que, loin d'être des spectatrices, elles sont des actrices de la transformation numérique, et leur influence ne cesse de grandir. Il reste encore beaucoup à faire, mais leurs efforts ouvrent la voie à un avenir plus inclusif et équitable dans le secteur technologique.
Nancy Clémence Tshimueneka