Fespaco 2025 : entre histoire et future, le dessin animé “Ban’a mayi” de Maud-Salomé Ekila en course pour le prix du meilleur film d’animation

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"Ban'a mayi" de Maud-Salomé Ekila

Rien que par le titre du dessin animé, le côté identitaire se fait déjà ressentir, le choix de la langue de la narration et des discussions dans la dizaine de minutes que dure ce film d’animation en rajoute sur une histoire congolaise dans sa richesse naturelle. Le dessin animé “Ban’a mayi” de Maud-Salomé Ekila, sélectionné à la 29ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) est en lice pour finir meilleur film de la catégorie animation.

En synopsis, Nia, Okelia et Shanti sont des triplés vivant à Kinshasa, la deuxième étant différente de ses sœurs car elle est atteinte d’albinisme. Cependant, les trois sœurs ont une passion intrépide pour l’eau qu’elles nagent si bien, rien qu'à l'âge de 2 ans. Ce qui a poussé leur papa à déménager à Moanda, une ville congolaise située au bord de l’océan où elles feront une belle découverte.

Cependant, cette deuxième œuvre d’animation pour cette réalisatrice est à sa toute première sélection officielle et non des moindres, indique Salomé, un festival panafricain.

“Plus que n’importe quel autre festival de film dans le monde, le FESPACO est vraiment le festival qui est le plus prestigieux à mes yeux. C’est un immense honneur pour moi de représenter la RDC dans ce festival panafricain de qualité. Y participer en plus dans le contexte révolutionnaire actuel au Sahel où le Président Ibrahim Traore est au pouvoir est la plus grande des fiertés pour moi. Si nous gagnons le prix du meilleur film d'animation demain, nous aurons atteint notre objectif en termes de récompenses internationales”, souligne Maud-Salomé Ekila au Desk culture de ACTUALITE.CD

Le dessin animé "Ban'a mayi"

Seule production congolaise dans la catégorie pour cette édition, “Bana Mayi” va jouer ses cartes ce samedi 1er mars lors de la clôture du festival pour repartir ou pas avec le prix du meilleur film d’animation auquel la réalisatrice attache beaucoup d’affection.

“Je suis confiante que Ban’a Mayi a toutes ses chances. L'équipe exceptionnelle avec laquelle j’ai pu travailler sur cette animation a fait un travail superbe et la synergie était très bonne entre nous. C’est d’ailleurs Jonathan Kalombo de Ficture Film Animation - qui a co-réalisé et fait le gros du travail d’animation de Ban’a Mayi - qui a permis que nous soyons en compétition au FESPACO, il scrute tous les festivals de films intéressants et m’envoie des rappels pour soumissionner”, précise la propriétaire du dessin animé.

Une démarche de conscientisation de la jeunesse 

Le travail d’Ekila dans ce film rencontre aussi bien sa démarche dans nombreuses de ses luttes militantes de la société civile que l’envie de léguer à la génération future un héritage qui témoigne sans complaisance de la richesse culturelle et naturelle de sa terre afin de s’approprier l’identité dont les vestiges les plus minuscules ont été systématiquement poussés à la disparition. 

Le dessin animé “Ban’a Mayi”, comme toutes ses œuvres, contient cette marque profonde de l'engagement et de la résistance. C’est un film pour enfants, mais les figures panafricanistes et souverainistes s’affichent de temps à autre dans ce travail pour les incruster peu à peu dans l’imaginaire de ceux qui seront les futurs dirigeants.

“Dès l'enfance, il faut que les Congolaises et les Congolais s’habituent à cultiver le patriotisme, la détermination, la résistance, parce que nous avons besoin que les générations qui nous suivent rejoignent ce combat pour notre libération. Dans Ban’a Mayi, vous pouvez ainsi voir Lumumba, Malcolm X, Sankara, Kemi Seba, le Président Ibrahim Traore, Amilcar Cabral, Nathalie Yamb, le Colonel Mamadou Ndala… et plusieurs personnalités engagées et talentueuses m’ont fait le plaisir de collaborer sur ce projet”, confie Mme Ekila.

La conscientisation de ce travail artistique est aussi au niveau de la richesse de la RDC qui se voit au fil des minutes. Vers la fin, des villes sont citées et différentes langues congolaises raisonnent, démontrant à la fois le patriotisme et un autre côté si touristique et écologique, à la base même de nombreux conflits notamment dans la partie Est. Une façon de faire entendre la voix du pays au-delà de ses frontières.

“Les dessins animés sont généralement destinés à des enfants, mais beaucoup de messages emplissent Ban’a Mayi. Au-delà de l’histoire de ces trois petites filles, triplés, qui partent s’installer à Moanda pour vivre leur passion pour le monde aquatique, Ban’a Mayi permet aussi à tout le monde de découvrir les merveilles que nous offrent la RDC de Moanda jusqu’au Lac Kivu, en passant par Kisagani et Mbuji-Mayi. Ce qui m’importe encore plus c’est qu'à travers cette production, la voix du Congo se lève”, raconte Maud-Salomé.

Bien plus que de simples dessins animés

Le film d’animation “Ban’a mayi” joue bien sa fonction et fait même plus. Il est notamment disponible en Swahili et en Lingala et les chants du dessin animé sont aussi en Kikongo et en Tshiluba. Une manière pour l’équipe qui est derrière de faire passer le message d’un Congo uni qu’il faut défendre contre vents et marées.

Sur la version en anglais, Ilyasah Shabazz, la fille de Malcolm X, a prêté sa voix, de même que l’artiste Teddy Riley et en Lingala et en Swahili, Zozo Machine, Ben Kamuntu, Depaul Sniper ou encore Fortifi Lushima ont permis d’embellir la production. Le frère d’Innoss’b, Djizzo Balume, a composé toutes les musiques, de même qu’un producteur burkinabé, Pawentaoré.

Journaliste reporter et réalisatrice congolaise, Maud-Salomé Ekila est panafricaniste et militante active. Elle réalise des documentaires historiques et d’actualité alors que “Ban’a mayi” n’est que son deuxième dessin animé. Le premier, “Maiko”, a été sélectionné au Festival du film d’animation d’Abidjan, au Festival panafricain de Luanda et au Festival International de Cinéma de Kinshasa. Les deux films d’animation sont issus de Kesho, son premier livre-audio qui compte 13 comptines.

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Ekila espère que ses œuvres pourront être distribuées et visionnées partout en Afrique et également dans le monde où se trouve la diaspora africaine. Par ailleurs, elle ne compte pas s'arrêter aux propositions émanant uniquement du monde occidental, ce qui, dit-elle, est souvent le problème.

“Beaucoup de réalisateurs ne trouvent comme financeurs que des occidentaux ou des américains et parfois même sont contraints de modifier et orienter leurs œuvres pour que cela colle plus avec l’image qui plairait à des producteurs occidentaux ou des coopératives étrangères qui détiennent le contrôle de la vie culturelle dans nos pays”, déplore Maud-Salomé.

Ambitieuse, elle souhaite réaliser les dessins animés des 11 autres histoires de son livre Kesho, malgré le gros budget que ça requiert. En attendant, le livre reste disponible en version livre audio à Kinshasa, Lubumbashi, Bukavu et Goma. Les dessins animés Ban’a Mayi et Maïko sont à visionner sur Youtube et sur les réseaux sociaux.

Maud-Salomé Ekila

D’autres congolais également en lice 

Si Maud-Salomé Ekila met en compétition la seule œuvre congolaise dans la catégorie film d’animation, elle n’est pourtant pas la seule congolaise en cette édition du Fespaco. Dans la catégorie long métrage, le film “Augure” de Baloji est en course, dans les documentaires, le film “To go saa, rising up at night” de Nelson Makengo est retenu. Deux sont retenus dans la catégorie perspective, “Nail’s man” de Sheriya Twana et “Catcher” de Derhwa Kasunzu ; deux également dans la catégorie short, “The rwhoo” de Safari Sengaire et “Lobi ecosimba” de Elie Maene.

“Ils ont réalisé des films magnifiques et je suis fière de voir leur travail qui représente valablement notre pays. Je sais comme les conditions sont très dures pour les réalisateurs Congolais qui ne jouissent de pratiquement aucun subside de l’Etat. Tout comme avec la science, la technologie, le sport et l’art, les difficultés n’ont jamais empêché les Congolaises et les Congolais d’exceller dans tous les domaines”, affirme Maud-Salomé Ekila.

Elle croit au vivier de talents incroyables qu’est la RDC dans différents domaines. Elle a précisément travaillé avec une équipe de 5 jeunes congolais de moins de 25 ans, 

“Nous faisons aujourd’hui rayonner la culture congolaise au Burkina Faso et en Afrique, cela nous rappelle que nous sommes un peuple de grandeur et que malgré ces 30 dernières années d’agression, de mauvaise gouvernance, de génocide et de crimes de guerre, rien ne pourra nous abattre”, optimise la journaliste réalisatrice.

Le Fespaco reste l’une des plus grandes manifestations de cinéma africain qui s’étale sur un peu plus d’une semaine, tous les deux ans, dans cette même période depuis 1969. L’objectif est de favoriser la diffusion de toutes les œuvres du cinéma africain, de permettre les contacts et les échanges entre professionnels du cinéma et de l'audiovisuel, et de contribuer à l'essor, au développement et à la sauvegarde du cinéma africain, en tant que moyen d'expression, d'éducation et de conscientisation. Le Fespaco est également l'un des rares festivals de cinéma d'État encore existants dans le monde. La 29ème édition se chlorure ce samedi 1er mars.

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Kuzamba Mbuangu